Carrières
La région de la Vallée du Geer
La région de la Vallée du Geer, et en particulier la montagne Saint-Pierre, est un joyau écologique et géologique. Elle est caractérisée par des formations géologiques uniques, des pelouses calcaires et une grande variété d’espèces animales et végétales. Les pelouses calcaires constituent un habitat naturel rare pour les plantes et les arbustes, qui offrent également des habitats pour de nombreuses espèces animales, dont certaines sont rares et menacées. La région est également remarquable sur le plan géologique, avec ses falaises de calcaire qui offrent des paysages spectaculaires et des formations géologiques remarquables.
Malheureusement, la région est menacée par les activités d’extraction de calcaire dans les carrières situées à proximité. Les carrières ont un impact négatif important sur l’environnement, la géologie et les habitants de la région. Les travaux de terrassement perturbent le sol et les nappes phréatiques, entraînant une perte de biodiversité et affectant la qualité de l’eau et de l’air. Les activités de transport nécessaires pour transporter les matériaux extraits ou de remblayage causent des nuisances sonores et une augmentation du trafic toujours croissante, qui affectent la qualité de vie des habitants et les activités économiques locales existantes et futures.
Il est donc crucial de mettre en place des mesures de conservation et de contrôle, pour préserver la région et la qualité de vie des riverains: des pratiques d’exploitation durables, des activités de transport réglementées, la mise en place de zones tampons autour des carrières, des normes environnementales strictes pour protéger les formations géologiques, etc. Il est donc de notre devoir citoyen de défendre notre patrimoine naturel et de protéger la Vallée du Geer pour les générations futures.
Sibelco-Marnebel
La carrière Sibelco-Marnebel est située à Eben-Emael en Belgique, sur le plateau calcaire de la Montagne Saint-Pierre, à proximité de réserves naturelles protégées. Couvrant une superficie d’environ 22 hectares, la carrière est enclavée entre les rivières Meuse et Geer, et a été exploitée depuis les années 1950. Elle est aujourd’hui la propriété de la multinationale Sibelco et de Hermans Marc. Le permis d’exploitation n’est pas valide depuis plus de 25 ans. Malgré une tentative de régularisation déposée en 2018 qui a obtenu un refus de la Région wallonne (et un second refus en recours), les exploitants continuent l’extraction.
Après plusieurs consultations infructueuses avec les responsables de Sibelco et les autorités, notre association dépose une procédure d’action en cessation environnementale pour tenter d’arrêter les activités. En janvier 2025, le Tribunal de Première Instance de Liège confirme l’illégalité de l’exploitation illégale. Ce jugement est confirmé au Cours d’Appel (Liège) en décembre 2025. Les exploitants ont trois mois pour cesser les activités, sous peine d’une astreinte de 10 000 euros par jour.
En même temps – en novembre 2025 – Sibelco a introduit une nouvelle demande de permis auprès de la Région wallonne. Cette fois-ci, elle concerne à la fois l’exploitation et la réhabilitation du site. La réhabilitation proposée par Sibelco consiste essentiellement à remblayer la carrière. Cela entraînera la disparition définitive d’importantes valeurs visuelles, historiques, géologiques et paléontologiques, ainsi que la perte définitive des caractéristiques spécifiques à la carrière, avec leur potentiel écologique. Cette méthode nécessite également l’apport d’une quantité gigantesque de terre étrangère au site, avec des risques réels et évidents de pollution.
Selon les estimations, le projet entraînera 80 mouvements de camions par jour, soit toutes les 3 à 6 minutes, sur la pente de Hallembaye, et ce pendant 20 ans. Les camions circuleraient à proximité de zones Natura 2000 sensibles au sommet de la montagne Saint-Pierre. Le projet est en outre incompatible avec un développement touristique important pour l’ensemble de la région et de la montagne Saint-Pierre. Des investissements considérables ont été réalisés ces derniers mois, notamment autour du pont Vialta sur le canal Albert, qui est devenu un axe structurant pour la mobilité douce et le tourisme transfrontalier. Le trafic lourd de Sibelco est totalement incompatible avec cette dynamique. Dans une pétition lancée par l’ASBL Bien Vivre en Vallée du Geer (décembre 2025), plus d’un millier de citoyens s’opposent à cette demande de permis.
CBR Romont – Heidelberg Materials Benelux
CBR est une filiale du Groupe Heidelberg, producteur multinational de granulats et acteur mondiale dans les secteurs du ciment et du béton prêt à l’emploi. Depuis les années 1970, CBR exploite la carrière de Romont, le long de la dorsale d’Eben-Emael (Wallonie) et de Zussen (Riemst, Flandre). La carrière s’étend déjà sur près de 200ha, dans phases 1 et 2 du projet. En janvier 2022, notre association dépose une plainte officielle auprès du parquet pour violation du permis d’exploitation [voir Chronologie de nos actions].
En septembre 2025, la Région wallonne accorde à Heidelberg Materials le permis pour la phase 3 de la carrière de Romont. Cela signifie une extension de 95 ha – zone agricole située entre Eben-Emael et Zussen et jusqu’à la frontière avec Kanne (Riemst, Flandre) – qui permettra de poursuivre l’exploitation de la carrière pendant les vingt prochaines années. L’apport massif de terre provenant de l’extérieur pour la réhabilitation de la carrière sera également autorisé.
En novembre 2025, l’ASBL Bien Vivre en Vallée du Geer conteste ce permis au Conseil d’État, en collaboration avec un consortium d’associations dont ‘Natuurpunt’.
- le projet sert l’intérêt privé de Heidelberg Materials, mais les risques sont pour la collectivité;
- les recommandations du panel citoyens n’ont pas été retenues;
- le projet crée des risques inacceptables pour l’eau potable d’Eben-Emael;
- le permis est très vague et ne fournit pas assez de garanties pour les riverains;
- le projet est néfaste pour la nature unique de la Vallée du Geer.
Il s’agit de la destruction irréversible de terres agricoles extrêmement fertiles dans une région à fort potentiel touristique et d’une grande valeur géologique et naturelle, dont la zone du ‘Trou Loulou’ et le vignoble de la coopérative Vin de Liège. Le projet sert principalement les intérêts privés de Heidelberg Materials; les pouvoirs publics et les citoyens assument les risques. De plus, le permis est particulièrement vague et n’offre pas suffisamment de garanties aux riverains. Les recommandations du panel citoyen ont même été complètement ignorées. Et surtout, le projet crée des risques inacceptables pour l’eau potable d’Eben-Emael, en raison de la combinaison d’excavations jusqu’à la nappe phréatique et de l’apport de terre potentiellement polluée. L’extension de la carrière entraînera également la disparition des dernières voies de communication historiques entre Emael et Zussen, villages jumeaux depuis des siècles, situés de part et d’autre de la frontière régionale actuelle.

Bee Green Wallonia
En 2021-2023, SA Bee Green Wallonia demande l’autorisation pour la construction et l’exploitation d’une installation d’incinération de déchets de bois sur le site de CBR à Lixhe. Cette centrale électrique est destinée à fournir de l’énergie à la cimenterie.
C’est inacceptable: en Wallonie, aucune procédure ni aucun contrôle qualité indépendant ne garantit l’exclusion du bois imprégné et traité avec des substances toxiques.
Ce permis a été accordé en juillet 2023, malgré l’opposition de nombreux citoyens, autorités et organisations en Wallonie, en Flandre et aux Pays-Bas, et sans tenir compte des objections de divers gouvernements flamands et néerlandais.
C’est pourquoi notre association a réuni en septembre 2023 un consortium de 10 partenaires et déposé un recours formel auprès du Conseil d’État.
En janvier 2026, le Conseil d’État annule le permis: nous obtenons gain de cause. Il s’agit du tout premier arrêt sur les émissions d’azote en Wallonie, un précédent important pour la protection de la nature unique en Vallée du Geer. Pour plus d’informations, consultez le communiqué de presse ou la décision du Conseil d’État.
Mesurer, c’est savoir: qualité de l’air en Basse-Meuse
En collaboration avec l’université de Maastricht, nous avons débuté en 2024 l’installation de senseurs auprès de nos membres, pour mesures les poussières fines. Vingt senseurs autour de l’usine de CBR publiront en continu les mesures de poussières fines sur ce site web. L’analyse des données sera faite en collaboration avec l’université. À terme, nous pensons ajouter des capteurs pour mesurer le bruit. Plus d’informations suivront.
Les nuisances des carrières
Les carrières de Marnebel et de Romont risquent de couvrir pas moins de 40% du territoire du village d’Eben-Emael. Ils ont aussi un impact important sur les villages environnants.
La pollution de l’air : Les activités d’extraction polluent l’air par des émissions de poussière et de particules fines. Ces particules peuvent causer des problèmes respiratoires tels que l’asthme, la bronchite et les infections des voies respiratoires. Certaines maisons sont situées à 100m de la carrière, deux écoles primaires seulement à 400m.
Les nuisances sonores : L’exploitation de la carrière entraîne des niveaux de bruit élevés, ce qui affecte la qualité de vie des habitants des villages avoisinants, déjà impactés par les aéroports de Bierset et Maastricht.
Les vibrations causées par les activités d’extraction et de transport affectent les structures des bâtiments environnants. Les riverains savent qu’actuellement la dévaluation immobilière de leurs biens n’est compensée par aucune indemnité.
La dégradation du paysage : L’exploitation des carrières détruit des zones boisées (vergers, haies,..) et d’autres habitats naturels, ce qui affecte la biodiversité et le caractère esthétique de la région.
Les impacts sur la circulation : Les activités de transport de la carrière entraînent des congestions de trafic, la dégradation des routes, des risques d’accidents routiers. En 2022, un cycliste a perdu la vie cet été suite à accident avec un camion de carrière.
Les risques environnementaux, sanitaires et de biodiversité associés à l’exploitation des carrières du Romont (CBR) et de Marnebel, ont été négligés pendant de nombreuses années. Les demandes de permis d’extension pour ces carrières sont particulièrement alarmantes, car elles impliquent une extension de l’activité d’extraction avec un activité de remblayage avec des terres « externes ».
Ces terres peuvent contenir des contaminants toxiques tels que des métaux lourds, des hydrocarbures et des produits chimiques. La pollution des sols et des eaux souterraines est l’un des risques les plus évidents, ainsi que des risques de problèmes de santé quand les contaminants sont inhalés ou ingérés (par des travailleurs des carrières ou des résidents locaux).
En outre, les terres externes peuvent contenir des espèces invasives ou des pathogènes menaçant la faune et la flore locales.
L’instabilité des remblais est également un risque important, car les terres externes peuvent ne pas être compatibles avec la géologie locale.
Bref: il est important de prendre en compte ces risques environnementaux, sanitaires et de biodiversité associés à l’exploitation des carrières du Romont (CBR) et Marnebel, et de trouver des solutions alternatives pour répondre aux besoins de construction et d’infrastructure tout en protégeant l’environnement et la santé publique.
L’association exige des conditions strictes pour l’exploitation des deux carrières.
Tout d’abord, des garanties doivent être mises en place pour assurer la réalisation de la situation finale. Cette situation finale doit être acceptable pour les 3000 riverains concernés. Cela signifie qu’il doit y avoir une transparence totale sur les plans d’exploitation et de réaménagement, et que les résidents doivent être consultés tout au long du processus.
Nous voulons aussi que le développement économique durable soit garanti à long terme.
Les valeurs écologiques et patrimoniales des sites doivent également être protégées, ce qui implique la mise en place de mesures pour limiter l’impact sur l’environnement.
L’association insiste également sur l’importance d’une réintégration harmonieuse des sites avec les villages voisins. Des garanties doivent être mises en place pour assurer le respect des conditions d’exploitation et pour protéger l’aspect rural de nos villages et l’agriculture locale.
En somme, l’association insiste sur le fait que l’extension de la carrière ne peut être envisagée que si toutes ces conditions sont remplies, afin de protéger les intérêts des riverains, de l’environnement et de l’économie locale.